De l'arrachage à la plantation


       Avant arrachage d'une ancienne parcelle de vigne, il est impératif de bien diagnostiquer son état, la présence éventuelle de court-noué ou de pourridié. Dans les 2 cas après arrachage des pieds à l'arrache-souche, il faut extraire les racines avec une charrue "balance", sillon par sillon au va-et-vient ce qui permet de mettre à jour les racines restantes dans le sol que l'on extrait dans la raie manuellement.

       Ce défoncement est répété deux fois pour extraire la totalité des racines. Après arrachage nous réalisons au tracto-pelle des fosses, pour mieux étudier la qualité du sol, de ses différentes couches et l'encroutement du sol.

       La réalisation de ces fosses pédologiques permet de lire à travers les différentes couches du sol l'histoire de la culture de la vigne. Il y a 50 ans le visage de la viticulture languedocienne change, elle passe du cheval au tracteur, en quelques années les vignes privées d'humus et de matières organiques apportées par le fumier de cheval que complétait celui des animaux de la ferme, la modification est flagrante, tassements des sols, remplacement des humus par des engrais chimiques susceptibles de fournir des gros rendement par l'apport d'Azote et de forts degrés avec la Potasse et en 1970 apparition des désherbant de la vigne, la Simazine.

       Le labour n'est plus nécessaire. Les pluies pénètrent mal dans ce sol durci. Le matériel devient de plus en plus performant, les machines plus lourdes, plus complexes pour gagner du temps, les machines à sulfater passent en 30 ans de 15 litres à 40 litres avec la brouette motorisée, puis à 300 litres portés à des cuves traînées de 1500 litres. Les bennes remplies de raisins qui restaient au bord de la vigne, rentrent dans les vignes et d'énormes machines à vendanger parcourent le vignoble planté à 3 mètres de large pour faciliter leur passage, tassant par mauvais temps irrémédiablement les sols. La densité à l'hectare étant plus faible, la vigueur des souches plus importante du fait de l'espace vital généré par l'écartement entre les rangs et entre les pieds sur le rang, la taille pratiquée en Guyot favorise une charge par pieds trop importante qui induit des difficultés de maturité avec un vin de qualité médiocre. Le bilan faunistique sous-terrain est catastrophique, les sols ne s'aèrent plus, l'écoulement des eaux de pluies est ralenti, l'eau stagnante manque d'oxygène se chargent en gaz carbonique. Les bicarbonates dissous se dispersent en surface du sol. On observe un encroutement des sols, voir des roches en formation jusqu'à 1 mètre de profondeur.

       De puis quelques années on pouvait constater sur certaines parcelles de vignes une baisse de la production provenant en partie d'un stress hydrique important en période estivale, les racines ne franchissant pas cette roche.

Les solutions :

       Le défoncement profond du sol, au ripper à une dent, favorise une expansion racinaire verticale suffisante, au travers des fissures du calcaire éclaté, pour permettre à la vigne de résister à ces longues périodes de sécheresse estivale.

       Nous pouvons prévoir des défoncement biologiques(2 ou 3 ans) par une graminée avec un enracinement puissant: la Fétuque Centurion.

       L'amélioration de l'écoulement des eaux par l'entretien ou la mise en place de ruisseaux et drainage de certaines parcelles par un réseau de drains. Dans les défriches, il faut faire attention aux opérations mécaniques qui peuvent augmenter le taux de calcaire actif, la préférence allant à un concassage plus grossier que fin avec préservation de l'écosystème environnant.

       Il faut prévoir un apport de 10 tonnes/Ha de compost incorporé en surface avant plantation. L'apport en compost ou humus étant de 4 tonnes/Ha après plantation. Pour 45 Hls/Ha de production seuil maximum à l'obtention d'un 2ème niveau AOC, l'apport en compost est suffisant.

       L'absence de traitements insecticides a permis de préserver un bilan faunistique intéressant. En quelques années, nous avons un sol biologiquement actif grâce à des apports naturels de substitution pour un entretien du bilan humique des sols, à base de composts agricoles tels les marcs et rafles fermentés ,ou du fumier de bergerie. L'objectif repose sur la transformation progressive des végétaux en éléments minéraux grâce à l'action indirecte de la mésofaune et des micro-organismes du sol.

       La culture des sols, oblige les racines adventices à descendre en profondeur et à puiser l'humidité dont elles ont besoin. La racine plongeante guidée par hydrotropisme vers les profondeurs du sol est un gage de qualité de production, elle peut parfois descendre à plus de 10 mètres et renseigne la vigne sur les besoins en eau ou la capacité du sol à faire des réserves. Si les pluies du mois de Mai se révèlent insuffisantes à créer des réserves en eau, après constatation d'une absence de pluies hivernales, en Juin au lieu de laisser nouer par grappe 250 fleurs induites, la vigne limitera la floraison à 100 fleurs pouvant donner des baies. Pour autant les grappes en question seront plus exposées au soleil et se chargeront de chloroplastes (changement de couleurs des baies ). A la véraison les caroténoïdes issus de la transformation des chloroplastes se transforment plus facilement en précurseurs d'arômes variétaux, de fleurs, de fruits mûrs, de fruits exotiques ...


Retour à la préparation du sol